Une semaine après le décès tragique de Louis à Narbonne, la présidente du Département de l’Aude, Hélène Sandragné, est sortie de son silence. Lors d’un point presse organisé mercredi à Carcassonne, elle a fermement défendu l’action de l’Aide sociale à l’enfance (ASE), dénoncé les accusations visant ses services et apporté plusieurs précisions sur la prise en charge du jeune adolescent. Une prise de parole très attendue, alors que l’émotion reste immense et que l’enquête judiciaire se poursuit.
Jusqu’à présent, le Département s’était contenté d’un communiqué de presse. Cette fois, Hélène Sandragné, accompagnée de Chloé Danillon, vice-présidente en charge de la protection de l’enfance, a choisi de répondre publiquement aux nombreuses interrogations suscitées par le drame.
Dès les premières minutes, la présidente du Conseil départemental a expliqué avoir gardé le silence par respect pour la famille et le travail des enquêteurs. Mais selon elle, la multiplication des rumeurs et des accusations contre l’Aide sociale à l’enfance imposait désormais une prise de parole.
« Je ne suis pas devant vous pour pousser un coup de gueule, mais pour tirer un signal d’alarme », a-t-elle déclaré, dénonçant « la calomnie » et « la récupération politique » autour de cette affaire.
« Louis n’a jamais vécu avec ses auteurs présumés »
C’est sans doute l’information la plus importante livrée par le Département.
Depuis plusieurs jours, de nombreux messages relayés sur les réseaux sociaux laissaient entendre que Louis aurait partagé son lieu de vie avec les jeunes aujourd’hui mis en examen dans cette affaire.
Hélène Sandragné dément catégoriquement cette version.
« Les auteurs présumés du meurtre étaient aussi connus des services de l’ASE. Certains étaient encore suivis, d’autres étaient sortis de notre giron », reconnaît-elle. Mais elle insiste immédiatement sur un point : « Les auteurs présumés du meurtre et la victime ne vivaient pas et n’ont jamais vécu dans le même foyer de l’ASE ni dans une autre structure de l’ASE. »
La présidente précise que le Département accompagne plus de 1 700 enfants confiés à l’Aide sociale à l’enfance, répartis dans différentes structures : accueils d’urgence, maisons d’enfants, établissements gérés par des associations ou familles d’accueil. Plus de 4 300 autres enfants bénéficient par ailleurs de mesures d’accompagnement, notamment dans le cadre de placements à domicile.
Selon elle, si Louis connaissait ses agresseurs présumés, ce lien serait extérieur aux structures de l’ASE. Les circonstances exactes devront être établies par l’enquête judiciaire.
Une défense appuyée des éducateurs
Tout au long de son intervention, Hélène Sandragné a tenu à défendre les professionnels de la protection de l’enfance.
Elle rappelle que Louis était accompagné par les équipes départementales depuis seulement deux mois et souligne que les éducateurs doivent aujourd’hui faire face à une double épreuve : le décès du jeune adolescent, mais aussi l’accompagnement psychologique des autres mineurs suivis par l’ASE, certains ayant connu Louis ou reçu les vidéos diffusées après le drame.
« Au lieu d’être salués pour le travail fait, ils sont vilipendés. C’est inadmissible », affirme-t-elle, estimant que les critiques visant l’ASE méconnaissent profondément les missions exercées quotidiennement par les travailleurs sociaux.
Comment fonctionne réellement l’Aide sociale à l’enfance ?
Le drame a également mis en lumière une institution souvent mal connue du grand public.
L’Aide sociale à l’enfance, plus communément appelée ASE, est un service placé sous la responsabilité des Départements. Sa mission consiste à protéger les mineurs lorsque leur santé, leur sécurité ou leur développement sont compromis.
Contrairement à une idée largement répandue, les éducateurs n’ont pas le pouvoir de retirer un enfant à sa famille de leur propre initiative. Un placement peut être décidé de deux façons : soit avec l’accord des parents, dans le cadre d’un accueil administratif, soit sur décision du juge des enfants lorsqu’un danger est constaté.
Dans le cas de Louis, Hélène Sandragné indique qu’il était accueilli « en accord avec ses parents » après sa sortie d’un établissement médico-social dépendant de l’Agence régionale de santé (ARS), faute d’autre solution d’accueil disponible.
La présidente rappelle également qu’un foyer de l’ASE « n’est ni un centre de soins ni une prison ». Les éducateurs assurent un accompagnement éducatif et social, mais ne disposent ni des prérogatives de la justice, ni de celles des établissements psychiatriques spécialisés.
Un système confronté au manque de structures adaptées
Au-delà de cette affaire, la présidente du Département a souhaité attirer l’attention sur les difficultés rencontrées par l’ensemble des services de protection de l’enfance.
Selon elle, les Départements accueillent aujourd’hui de nombreux jeunes qui devraient relever d’établissements spécialisés relevant du secteur médico-social ou sanitaire.
« Nous sommes le dernier rempart social face au mur du manque d’offre médicale et judiciaire », affirme-t-elle, regrettant l’absence de solutions adaptées pour certains profils particulièrement complexes.
Dans l’Aude, cette politique représente l’un des principaux postes de dépenses du Département. En 2026, 56,4 millions d’euros sont consacrés à la protection de l’enfance, dont 45,5 millions d’euros pour la prise en charge des enfants confiés, 9,8 millions d’euros pour les actions de prévention et plus d’un million d’euros pour la protection maternelle et infantile.
Une enquête toujours en cours
À plusieurs reprises, Hélène Sandragné a rappelé que seule l’enquête judiciaire permettra d’établir précisément les circonstances du décès de Louis et les responsabilités éventuelles.
Le Département assure rester à la disposition de la justice et affirme vouloir faire preuve d’une totale transparence, dans le respect du secret de l’instruction et de la mémoire de la victime.
Si cette conférence de presse apporte plusieurs éclaircissements sur le fonctionnement de l’ASE et sur la prise en charge de Louis, elle ne clôt évidemment pas les nombreuses questions qui entourent encore ce drame. Les investigations se poursuivent désormais pour faire toute la lumière sur les faits qui ont conduit à la mort de l’adolescent.



