Après un été particulièrement éprouvant, marqué notamment par les incendies qui ont mobilisé des centaines de soldats du feu, les sapeurs-pompiers entament ce mardi 8 septembre une mobilisation nationale. Dans l’Aude comme dans l’Hérault, les syndicats dénoncent le manque de moyens et la hausse des sollicitations. Le mouvement doit se poursuivre jusqu’au 20 octobre.

Le timing n’est pas anodin. Alors que les pompiers ont été fortement sollicités tout au long de l’été pour lutter contre les feux de végétation, notamment dans le Sud, les organisations syndicales ont choisi cette rentrée pour accentuer la pression sur le gouvernement.

Neuf syndicats représentatifs, dont huit réunis au sein d’une intersyndicale, appellent à cette mobilisation. Ils réclament notamment davantage de moyens humains et matériels, ainsi qu’un recentrage des missions des services départementaux d’incendie et de secours. Le mouvement intervient également alors que doivent être présentés ce mardi les premiers éléments du projet de loi de modernisation de la sécurité civile.

Dans l’Aude, une mobilisation dans un contexte déjà tendu

Dans l’Aude, la mobilisation intervient quelques jours seulement après l’incendie de Lapradelle-Puilaurens. Le feu, qui avait débuté vendredi 4 septembre, a parcouru environ 225 hectares. Ce mardi 8, il était considéré comme fixé, mais quelque 70 sapeurs-pompiers et 23 véhicules restaient mobilisés pour traiter les points chauds et assurer la surveillance du secteur.

Le département connaît par ailleurs une activité opérationnelle importante toute l’année. Selon le rapport d’activité 2025 du SDIS de l’Aude, 30 942 interventions ont été réalisées en un an, soit environ 85 interventions par jour. Les secours et soins d’urgence aux personnes représentent à eux seuls 75 % de cette activité, avec 23 397 interventions.

Cette pression est au cœur des revendications des syndicats.

Le secrétaire général de FO chez les pompiers de l’Aude, Tristan Larruy, a ainsi été interrogé par BFM TV à l’occasion du lancement de la mobilisation. Selon les propos rapportés par le média, il dénonce notamment le manque de moyens matériels et humains ainsi que la fatigue des personnels.

La situation n’est pas nouvelle dans le département. Les pompiers professionnels de l’Aude avaient déjà connu plusieurs mobilisations au cours de l’année, avec des revendications portant notamment sur les conditions de travail, le temps de travail et certaines différences de régime indemnitaire.

Le contexte est d’autant plus particulier que le SDIS 11 repose très largement sur le volontariat : les sapeurs-pompiers volontaires représentent 91 % de ses effectifs et réalisent environ 90 % des missions, selon les données du service départemental.

Dans l’Hérault, sept syndicats réunis derrière la « colonne de la Colère »

Dans l’Hérault, la mobilisation prend également une dimension départementale. Sept organisations syndicales ont rejoint le mouvement et se sont regroupées sous le nom de « colonne de la Colère ».

Le porte-parole départemental cité par plusieurs médias locaux est Gautier Néolas, représentant du syndicat SA SPP-PATS et affecté à la caserne de Béziers. Interrogé par ToutMontpellier, il précise toutefois que cette mobilisation ne constitue pas un conflit avec le SDIS de l’Hérault.

« Cette colonne de la Colère […] n’est en aucun cas dirigée vers notre SDIS », explique-t-il, selon les propos rapportés par le média. Les revendications portent avant tout sur des questions nationales, même si les syndicats souhaitent les mettre en perspective avec les réalités rencontrées quotidiennement dans le département.

Sur le plan matériel, le représentant syndical estime d’ailleurs que la situation héraultaise est plutôt favorable. Les personnels disposent notamment d’équipements collectifs nettoyés et désinfectés à chaque prise de service, cagoule comprise.

Mais les syndicats pointent d’autres difficultés, notamment la pression exercée par le secours d’urgence aux personnes et les conséquences des délais de prise en charge dans les établissements hospitaliers. Lorsqu’un équipage reste immobilisé devant les urgences, il n’est plus immédiatement disponible pour une nouvelle intervention.

L’Hérault compte près de 5 000 sapeurs-pompiers et 200 personnels administratifs, techniques et spécialisés au sein du SDIS 34. Le département a lui aussi été fortement sollicité cet été, notamment face au risque incendie. Des renforts européens avaient même été accueillis au sein du SDIS pour participer à la lutte contre les feux.

Une grève qui ne signifie pas l’arrêt des secours

Pour la population, une précision est essentielle : le fait que les pompiers soient en grève ne signifie pas que les secours vont cesser de fonctionner.

Le droit de grève est encadré dans les services d’incendie et de secours afin de garantir la continuité du service public. Le règlement intérieur du SDIS de l’Aude rappelle notamment que la permanence, la qualité et la continuité du service d’incendie et de secours constituent un objectif permanent.

La mobilisation peut donc prendre différentes formes sans empêcher les interventions urgentes : affichage, banderoles, actions symboliques, rassemblements ou encore mobilisation des personnels.

Dans l’Hérault, une nouvelle étape est annoncée les 26, 27 et 28 septembre avec des journées de grève statique, avant une mobilisation plus large le 29 septembre à l’occasion de la journée d’action de la fonction publique. Le préavis national court, lui, jusqu’au 20 octobre.

Pour les pompiers de l’Aude comme pour ceux de l’Hérault, cette mobilisation intervient donc après un été particulièrement intense. Derrière les revendications nationales se trouve une même inquiétude : comment continuer à répondre à une activité opérationnelle toujours plus importante, notamment face aux incendies et aux secours aux personnes, tout en préservant les personnels qui assurent ces missions au quotidien ?