Après plusieurs jours d’enquête sur le terrain et d’analyse des images, Keraunos confirme la forte intensité de la tornade qui a frappé Pomas le 24 août. Le phénomène est classé EF3, avec des vents estimés pouvant atteindre 220 à 270 km/h. Son parcours, particulièrement lent et atypique, explique en partie l’ampleur des dégâts observés dans le village.

Une tornade plus puissante qu’il n’y paraissait

L’Observatoire français des tornades et des orages violents (Keraunos) vient de publier son rapport complet sur cet évènement météorologique majeur.

Le 24 août dernier, Pomas a été frappé par une tornade qui a profondément marqué le village. Près de 400 habitations, soit environ 80 % du parc immobilier de la commune, ont été sinistrées à des degrés divers. Quarante-sept sont devenues inhabitables. L’église, la mairie, l’école maternelle, des entreprises et plusieurs exploitations agricoles ont également subi des dégâts importants. Le bilan humain établi au 30 août faisait état d’environ 50 blessés, dont 20 hospitalisations, sans pronostic vital engagé.

L’enquête menée par Keraunos permet désormais de mieux mesurer la puissance du phénomène. L’organisme spécialisé classe la tornade au niveau EF3 (sur 5), dans le bas de cette catégorie, avec des vents estimés entre 220 et 270 km/h. Elle a parcouru 6,3 kilomètres, sur une largeur moyenne d’environ 350 mètres, pouvant atteindre localement 500 à 600 mètres.

L’échelle EF utilisée pour classer les tornades ne repose pas directement sur une mesure réalisée par un anémomètre au cœur du phénomène. Elle s’appuie notamment sur l’analyse des dégâts constatés sur les bâtiments, la végétation, les véhicules et les autres éléments présents sur la trajectoire.

À Pomas, la majorité des dégâts correspondent à des niveaux EF2 à EF2+, mais trois secteurs présentent des dommages suffisamment importants pour atteindre ponctuellement le niveau EF3- : le quartier du Prévôt, le château et le secteur situé entre Cassagne et Pouzamiel.

Un phénomène extrêmement lent

L’un des éléments les plus remarquables de cette tornade est sa vitesse de déplacement. Le tourbillon progressait à seulement 25 à 30 km/h. Cela peut sembler rapide à l’échelle d’un déplacement humain, mais pour une tornade, cette progression est particulièrement lente.

Conséquence : certaines zones ont été exposées pendant beaucoup plus longtemps à des vents extrêmement violents. Keraunos estime que le vent tourbillonnaire a pu agir jusqu’à environ une minute et demie sur certaines surfaces, sans même compter le puissant courant d’air qui précédait l’arrivée du cœur de la tornade.

Le phénomène présente également une trajectoire très inhabituelle. Après avoir touché le sol près des rives de l’Aude, à environ deux kilomètres au sud-ouest de Pomas, la tornade se dirige d’abord vers Fourminis avant de changer brutalement de direction. Elle se déplace ensuite vers l’est puis le nord-est, traverse les quartiers de la Bordette, des Graves et du Prévôt, avant de pénétrer au cœur de Pomas.

En quelques minutes, elle traverse notamment les rues du Merlot et de la Gare, puis Fount Grande, Cassagne et Pouzamiel. L’horloge de l’église s’arrête à 17h03, donnant un repère particulièrement concret sur le passage du phénomène.

Après Pomas, la tornade poursuit sa route vers Saint-Hilaire, frappe notamment une exploitation maraîchère au lieu-dit l’Horte, traverse des secteurs viticoles et plusieurs parcelles forestières avant de s’affaiblir progressivement. Elle disparaît définitivement à 15h11 TU, soit 17h11 heure locale.

Des vents de plus de 220 km/h observés au ras du sol

Pour affiner son analyse, Keraunos a pu exploiter un élément particulièrement précieux : les nombreuses vidéos enregistrées pendant le passage de la tornade.

Certaines caméras de surveillance de la rue du Merlot et de la rue de la Gare ont permis aux spécialistes de suivre image par image le déplacement de débris, de poussières, de végétation et d’autres éléments. Cette méthode, appelée photogrammétrie, permet d’estimer la vitesse de déplacement de certains objets et donc d’obtenir des indications sur la vitesse du vent.

Les résultats sont impressionnants. À environ 250 à 300 mètres du rideau de débris entourant la partie la plus violente de la tornade, les rafales dépassaient déjà 100 km/h. Elles franchissaient 125 km/h à environ 150 mètres, puis 150 km/h à seulement 100 mètres.

À l’approche du cœur du phénomène, les vents augmentaient brutalement, notamment dans les 50 derniers mètres.

Mais certaines structures turbulentes observées sur les vidéos se déplaçaient encore plus rapidement. L’une d’elles a parcouru environ 65 mètres en moins d’une seconde, à une altitude estimée entre 20 et 40 mètres, correspondant à une vitesse tangentielle d’environ 245 km/h.

Deux autres structures, cette fois proches du sol, ont atteint des vitesses estimées entre 220 et 225 km/h. Keraunos précise toutefois qu’il s’agit d’estimations et non de mesures directes réalisées avec un instrument météorologique.

Ces données correspondent aux dégâts observés sur le terrain et contribuent à expliquer pourquoi certaines zones du village ont été particulièrement touchées.

Le château, l’un des points les plus durement frappés

Parmi les bâtiments les plus spectaculaires touchés par la tornade figure le château de Pomas.

Son niveau de dommages a contribué au classement EF3- retenu par Keraunos. L’édifice, situé légèrement en retrait de l’axe principal du couloir de dégâts, a pourtant subi des destructions nettement supérieures à celles observées dans son environnement immédiat.

Sa position en hauteur pourrait notamment avoir accentué son exposition au vent. Keraunos souligne également que l’état de conservation et les transformations successives du bâtiment rendent difficile une reconstitution précise de sa résistance initiale.

Cette violence s’explique aussi par les caractéristiques des constructions. Les maisons individuelles de plain-pied et celles reposant sur des murs relativement peu épais ont été particulièrement vulnérables. À l’inverse, le bâti ancien du centre du village a parfois mieux résisté, malgré de très fortes aspirations autour des bâtiments.

Pomas dans un secteur particulièrement exposé

L’étude de Keraunos apporte enfin un éclairage plus large. La tornade de Pomas présente de fortes similitudes avec plusieurs phénomènes historiques observés dans le sillon audois, notamment à Leuc, Lastours et Sallèles-d’Aude.

Selon l’organisme, la configuration géographique du département, entre le Massif central et les Pyrénées, pourrait favoriser localement un renforcement du cisaillement des vents, probablement accentué par le vent d’Autan. Cette configuration peut contribuer à expliquer certaines trajectoires inhabituelles.

Keraunos rappelle ainsi que l’Aude présente une exposition aux tornades supérieure à la moyenne nationale, avec désormais six phénomènes recensés dans le département ayant atteint une forte intensité.

Et si la puissance du phénomène peut aujourd’hui être mieux comprise, une autre conclusion ressort de l’enquête : la tornade de Pomas n’a pas été un phénomène impossible à anticiper dans son potentiel. Le risque d’orages violents avait été identifié plusieurs jours auparavant et un risque tornadique marqué était encore signalé le jour même, avec un avis spécifique émis 40 minutes avant le passage de la tornade sur l’Aude.

Pour Pomas, cette expertise scientifique vient donc désormais mettre des chiffres et des explications sur une catastrophe dont les habitants, eux, ont surtout vécu la violence en quelques minutes.