Face au changement climatique et à la raréfaction de la ressource en eau, le port de Gruissan franchit une nouvelle étape dans sa transition écologique. Mardi 24 février, la première unité de dessalement installée sur la zone technique a été inaugurée, avec un objectif clair : ne plus utiliser d’eau potable pour le rinçage et le lavage des bateaux.

Dans un territoire littoral où l’eau est structurellement contrainte, malgré les récents épisodes pluvieux, la question de la gestion durable de la ressource est devenue centrale. « Le sens de cette opération est simple : réserver l’eau potable aux usages essentiels, à savoir la consommation humaine et l’activité agricole », a rappelé le maire de Gruissan, Didier Codorniou. Pour l’entretien des bateaux de plaisance comme pour le nautisme professionnel, l’alternative existe désormais : produire de l’eau douce à partir de l’eau de mer.

12 000 litres d’eau douce par jour

Concrètement, l’unité de dessalement peut produire jusqu’à 12 000 litres d’eau douce par jour, soit environ 4,3 millions de litres par an. Un volume significatif qui permet d’assurer la continuité d’activité sur l’aire de carénage tout en réduisant l’empreinte en eau potable du port. L’équipement fonctionne selon un modèle de location-vente, pour un coût annuel de 64 000 euros hors taxes la première année, puis 61 000 euros les suivantes. Un investissement assumé par la direction du port, qui met en avant le service rendu à l’environnement et aux usagers plus que la seule logique de rentabilité.

À l’origine du dispositif, la start-up G & G Boatwash, fondée il y a cinq ans par d’anciens ingénieurs issus de l’aéronautique. Leur technologie, déjà adoptée par plusieurs ports de Méditerranée, repose sur un système breveté de récupération d’énergie Osmosun, garantissant une faible consommation énergétique. Alimentée en partie par des panneaux solaires, l’installation produit environ 6 500 kWh par an, couvrant près de la moitié de ses besoins électriques et contribuant à l’autoconsommation d’autres équipements portuaires.

Autre point fort : l’impact environnemental maîtrisé. La saumure rejetée présente une salinité d’environ 41 g/L, très proche de celle de la mer, ce qui permet une dilution quasi immédiate sans perturbation notable du milieu naturel.

Au-delà de la préservation de l’eau potable, l’enjeu est aussi opérationnel et climatique. « L’entretien des bateaux n’est pas un luxe, c’est une nécessité », souligne Joan Baco, directeur de Gruissan Tourisme. Un bateau mal caréné consomme davantage de carburant, augmentant son empreinte carbone. En garantissant l’accès à l’eau pour le nettoyage, le port soutient donc à la fois la sécurité, la performance et la réduction des émissions liées aux activités nautiques.

Avec cette unité de dessalement, Gruissan fait le choix de la sobriété et de l’anticipation. Continuer à servir les plaisanciers et professionnels, tout en adaptant les pratiques aux défis climatiques : une logique de substitution qui pourrait bien devenir la norme sur le littoral méditerranéen.