À quelques jours du scrutin, cinq des six candidats à la mairie de Narbonne se sont affrontés lors d’un débat organisé par nos confrères de l’Indépendant. Entre défense du bilan pour le maire sortant et critiques acerbes de l’opposition sur l’état de la ville, les échanges ont révélé des visions radicalement opposées pour l’avenir de la cité de Charles Trenet.
L’ambiance était studieuse et dans le respect démocratique sur le plateau de L’Indépendant à Perpignan. Face à deux journalistes, cinq candidats ont répondu à l’appel : Laurent Fabas (Nous sommes Narbonne), Bertrand Malquier (Nouveau Narbonne 2026), Jean-Luc Maury (Narbonne Insoumise), Alain Peyre (À la reconquête de Narbonne) et Nicolas Sainte-Cluque (Narbonne en Grand). Seul absent de marque, Frédéric Falcon (Rassemblement National), dont le siège resté vide a été brièvement évoqué en début d’échange.
Voici ce que nous en avons retenu !
Commerce et stationnement : la bataille des chiffres
Le débat s’est ouvert sur le quotidien des Narbonnais : l’attractivité du centre-ville. Pour l’opposition, le constat est sans appel : le cœur de ville « agonise ». Nicolas Sainte-Cluque a fustigé une vacance commerciale visible, citant la rue Droite ou la rue de l’Ancien Courrier. Selon lui, la demi-heure de gratuité actuelle est « un pansement sur une jambe de bois » et il propose de passer à une heure gratuite pour redonner de l’air aux clients. Il a rappelé aussi les nombreux problèmes pour les livreurs en centre-ville.
Jean-Luc Maury a renchéri en pointant du doigt la concurrence des zones commerciales périphériques qui « aspirent » le commerce de proximité et que le parking à Narbonne coûte trop cher. De son côté, Bertrand Malquier a défendu son bilan avec fermeté, brandissant des chiffres de vacance commerciale inférieurs à ceux de Béziers ou Perpignan (9,8 % contre plus de 16 % ailleurs). Le maire sortant mise sur la création de cinq parkings relais en périphérie pour désengorger le centre tout en maintenant une gestion pragmatique.
Sécurité : entre fermeté et médiation humaine
Le chapitre sur la sécurité a sans surprise marqué un clivage idéologique profond. Alain Peyre, pour Reconquête, a prôné une politique de « tolérance zéro », proposant des innovations technologiques comme des « réverbères intelligents anti-agression ».
À l’inverse, Jean-Luc Maury a mis en garde contre le tout-sécuritaire, remettant en cause l’efficacité de la vidéosurveillance et plaidant pour un retour massif des éducateurs de rue et des brigades de proximité.
Nicolas Sainte-Cluque a quant à lui porté une attaque frontale sur les résultats de la majorité, affirmant que les crimes et délits avaient augmenté de près de 900 faits entre 2023 et 2024. Sa solution ? Exiger de l’État le classement de Narbonne en « Quartier de Reconquête Républicaine » (QRR) pour obtenir 15 à 30 policiers nationaux supplémentaires sans frais pour le contribuable local.
Bertrand Malquier a balayé ces critiques en rappelant l’augmentation constante des effectifs de la police municipale (passés de 28 en 2014 à 62 aujourd’hui) et son intention d’atteindre 70 agents.
Pour Laurent Fabas, la tranquillité publique passe par avoir une « ville vivante. » La ville ne doit pas avoir d’espace vide où se créer justement des zones de non-droit. Le meilleur moyen est donc d’occuper l’espace public.
Voirie : Narbonne, un « terrain miné » ?
Le moment le plus vif du débat a sans doute été celui consacré à l’entretien de la ville. L’exaspération des habitants face aux nids-de-poule et aux trottoirs défoncés a été mentionné.
Le maire sortant a invoqué des facteurs climatiques exceptionnels (sécheresse et inondations) pour expliquer l’état des routes, tout en annonçant un plan de 1,6 million d’euros pour la seule avenue de Lattre de Tassigny. Pour lui, la taille immense de la commune (174 km²) impose des arbitrages budgétaires rigoureux.
Nicolas Sainte-Cluque n’a pas mâché ses mots, décrivant certains chemins communaux comme des « terrains minés ». Laurent Fabas a souligné les goulots d’étranglement à Narbonne et que le manque d’entretien finit par coûter plus cher à long terme et a proposé de redonner le choix des priorités de rénovation aux conseils de quartier. Alain Peyre souhaite lui aussi donner la parole aux habitants pour choisir où faire les réparations.
Jean-Luc Maury a enfoncé le clou : « M. Malquier dit qu’il faut faire des choix. Bah oui il faut faire des choix ! Est-ce qu’on peut laisser les routes défoncées ? Est-ce qu’on peut laisser les trottoirs défoncés ? Jusqu’où ca va aller? Qu’on ait des blessés ? »
Pour tous les candidats à la mairie (maire sortant à part), il faudra dans tous les cas revoir justement cette enveloppe budgétaire pour ne pas se retrouver au pied du mur.
Santé : le choc des modèles
Face au manque de médecins, deux visions de la société se sont affrontées. D’un côté, le bloc de gauche (Sainte-Cluque, Maury, Fabas) propose notamment la création d’un centre de santé municipal avec des médecins salariés et le renforcement du système de santé publique actuel. L’objectif : attirer les jeunes praticiens qui ne souhaitent plus s’encombrer de la gestion administrative d’un cabinet libéral. Il faut être attractif d’un côté pour faire venir les médecins mais aussi améliorer les mobilités pour les citoyens afin d’accéder plus facilement à ces soins.
De l’autre, Bertrand Malquier a qualifié le salariat de « fausse bonne idée », arguant qu’un médecin salarié travaille moins d’heures qu’un libéral (35h contre 50h), ce qui aggraverait la pénurie selon lui. Il préfère continuer à « séduire » les libéraux par l’antenne de la faculté de médecine et l’accompagnement au logement.
Conclusion : quel maire pour 2026-2032 ?
Comme un écho à notre dispositif « Et si j’étais Maire? » où nous demandions ce que feraient les habitants en premier s’ils étaient maire, chaque candidat a dévoilé sa priorité immédiate.
Si pour Nicolas Sainte-Cluque il s’agit de « réparer » physiquement la ville, Jean-Luc Maury veut s’attaquer au pouvoir d’achat en renégociant le contrat de l’eau avec Veolia pour un retour en régie publique. Laurent Fabas, lui, veut « rendre la ville aux habitants » dès le mois de mai. Pour Alain Peyre, remettre la tranquillité publique au coeur de l’action municipale est prioritaire.
Fidèle à sa posture de gestionnaire déjà en place, Bertrand Malquier a conclu en affirmant qu’il ne perdrait pas une minute en « apprentissage » ou en « audits », promettant d’être à son bureau dès le lundi à 13h15 pour ses permanences sans rendez-vous.
Le premier tour s’annonce serré, chaque candidat ayant réussi à marquer son territoire. Reste à savoir quelle vision les Narbonnais choisiront pour les six prochaines années.




