Fermé depuis le 3 novembre, bien plus tôt et plus longtemps qu’à l’habitude, le canal du Midi retrouve l’ensemble de ses écluses ce samedi 18 avril. Tempêtes, sécheresse, chutes d’arbres et fragilité des berges ont fortement perturbé la saison hivernale.

C’est la fin d’une parenthèse inédite pour l’ouvrage de Pierre-Paul Riquet. Après plusieurs mois de fermeture et une réouverture partielle fin mars, le canal du Midi redevient totalement navigable à compter de ce samedi 18 avril. Une reprise attendue par les professionnels du tourisme fluvial, les plaisanciers et les territoires traversés.

Du côté de Voies navigables de France (VNF), le soulagement domine après une saison particulièrement éprouvante. « Je n’ai jamais vécu un tel cumul de problèmes », résume Christophe Beltran, chef du service territorial Aude-Hérault, évoquant un hiver sans précédent.

Sécheresse, tempêtes et arbres tombés

Habituellement, la période de chômage du canal se concentre sur janvier et février, le temps d’effectuer les travaux d’entretien. Cette année, le calendrier a été totalement bouleversé. Dès le 3 novembre, la voie d’eau a dû fermer, conséquence directe de la sécheresse estivale qui avait vidé les barrages d’alimentation.

Les fortes pluies de décembre et janvier ont ensuite laissé espérer une amélioration. Mais les tempêtes Nils et Pedro, en février, ont compliqué la situation. En seulement deux jours, 950 arbres sont tombés dans ou aux abords du canal sur le secteur Aude-Hérault, notamment dans le Minervois, à Agde, Colombiers ou encore près du tunnel de Malpas.

Des interventions parfois délicates ont été nécessaires pour dégager les troncs, avec des engins contraints d’emprunter des chemins de halage étroits. Si ces travaux d’urgence touchent à leur fin, les conséquences restent visibles sur les berges.

Un réseau fragilisé mais une saison qui repart

Au-delà des arbres couchés, plusieurs talus ont glissé et certaines sections de berge ont été emportées. Des fragilités accentuées ces dernières années par l’abattage de 32 000 platanes touchés par le chancre coloré. Résultat : le canal rouvre, mais dans un fonctionnement encore qualifié de « dégradé ».

Cette reprise s’accompagne toutefois de signaux positifs. Les barrages d’alimentation sont désormais pleins, tout comme les nappes phréatiques, ce qui devrait sécuriser la ressource en eau pour les prochains mois.

VNF mise aussi sur de nouveaux outils, avec l’application Navi, qui permettra aux plaisanciers de signaler branches immergées, hauts-fonds ou autres anomalies rencontrées sur leur trajet.

Sur le terrain, la haute saison s’organise également grâce aux éclusiers saisonniers. Sur l’Aude et l’Hérault, 80 personnes sont recrutées chaque année pour assurer le fonctionnement des ouvrages.

Destination phare du tourisme fluvial français, le canal du Midi accueille environ 5 000 bateaux par an aux seules écluses de Fonseranes, dont la moitié pilotés par des étrangers. Reste un défi : retrouver, à long terme, les niveaux de fréquentation d’avant la crise sanitaire.