Face aux tensions croissantes sur la ressource en eau et à l’avancée du sel dans les terres littorales, le programme SA.LI.N II poursuit son déploiement dans la Narbonnaise. Scientifiques, collectivités et agriculteurs unissent leurs efforts pour mieux comprendre le phénomène et adapter les pratiques du territoire.
Sur le littoral audois, la bataille contre la salinisation s’organise. La semaine dernière, les équipes du Parc naturel régional de la Narbonnaise en Méditerranée étaient mobilisées sur le terrain aux côtés du BRGM (Bureau de recherches géologiques et minières), dans le cadre du programme SA.LI.N II. Lancé pour la période 2024-2027, ce dispositif vise à mieux connaître l’évolution de la salinité des eaux et des sols littoraux de la plaine narbonnaise.
Derrière cet acronyme (SAlinité des eaux et des sols LIttoraux de la Narbonnaise) se cache un enjeu majeur pour l’avenir du territoire. Car avec le changement climatique, la montée du niveau marin, les sécheresses répétées et la pression sur les nappes souterraines, l’intrusion du sel devient une préoccupation croissante pour l’agriculture, les milieux naturels et la gestion de l’eau.
Un large consortium mobilisé autour de la ressource en eau
Le programme rassemble plusieurs partenaires publics, scientifiques et techniques : le Parc naturel régional, Le Grand Narbonne, la Chambre d’agriculture de l’Aude, le BRGM, L’Institut Agro Montpellier, ASEAUDE, le SMMAR et le SMDA.
Cette coopération illustre la complexité du sujet. La salinisation ne dépend pas d’un seul facteur, mais d’un équilibre fragile entre apports d’eau douce, pompages, échanges avec la mer, nature des sols, irrigation ou encore évolution climatique.
Lors de cette récente sortie de terrain, les participants ont notamment travaillé sur la compréhension de la formation géologique de la plaine de la Narbonnaise et de son fonctionnement hydrologique. Plusieurs sources d’alimentation en eau douce ont été étudiées : le fleuve Aude, le canal de la Robine, ainsi que les réseaux de drainage et d’irrigation qui structurent ce territoire agricole.
Capitaliser sur SA.LI.N I et renforcer le suivi scientifique
Le programme actuel s’inscrit dans la continuité de SA.LI.N I, première phase de recherche qui avait permis d’identifier plusieurs origines possibles du sel et de mener des analyses chimiques sur les eaux et les sols.
Avec SA.LI.N II, l’ambition monte d’un cran : suivre le phénomène de manière plus fine et sur la durée. Pour cela, un réseau de piézomètres est progressivement déployé. Ces équipements, installés sur différents secteurs, permettent de surveiller les nappes souterraines via des forages ou des puits instrumentés.
Les relevés obtenus servent à mesurer en continu la salinité à différentes profondeurs. Les équipes s’appuient notamment sur des diagraphies, techniques d’analyse utilisées pour observer les caractéristiques du sous-sol et l’évolution des paramètres hydrogéologiques.
Ces données doivent permettre de mieux cartographier les zones sensibles, de comprendre les circulations d’eau souterraine et d’anticiper les risques d’aggravation.
Un enjeu concret pour les agriculteurs
Au-delà de la recherche, la démarche se veut très opérationnelle. Des échanges ont été menés avec les exploitants agricoles du secteur, directement concernés par la qualité des sols et de l’eau disponible pour les cultures.
Une salinité excessive peut en effet réduire les rendements, fragiliser certaines productions ou imposer des changements de pratiques. Dans une région déjà confrontée aux sécheresses et aux restrictions d’usage, la question devient stratégique pour la pérennité des exploitations.
L’objectif du programme n’est donc pas seulement de produire de la connaissance scientifique, mais aussi de proposer des outils d’aide à la décision pour les acteurs locaux.
Anticiper l’avenir du littoral
La Narbonnaise fait partie des territoires particulièrement exposés aux effets du changement climatique. Entre zones humides, espaces agricoles, lagunes et villages littoraux, les équilibres y sont particulièrement sensibles.
En renforçant l’observation du terrain et la coopération entre institutions, chercheurs et usagers, SA.LI.N II entend apporter des réponses concrètes à long terme.
Mieux comprendre aujourd’hui comment le sel progresse dans les nappes et les sols, c’est aussi se donner les moyens de protéger demain l’agriculture, les milieux naturels et la ressource en eau du littoral audois.




