La 38e édition de Visa pour l’Image a officiellement ouvert ses portes ce samedi 29 août à Perpignan. Pendant deux semaines, la capitale des Pyrénées-Orientales replonge au cœur de l’actualité mondiale à travers le regard des photojournalistes. Mais cette édition 2026 ne se contente pas de montrer les conflits, les crises et les bouleversements de l’année écoulée : lors de l’inauguration, une autre question s’est largement imposée, celle de l’avenir de l’information à l’heure de l’intelligence artificielle et des réseaux sociaux.
Deux semaines pour regarder le monde autrement
Du 29 août au 13 septembre, Visa pour l’Image présente 27 expositions dans plusieurs lieux emblématiques du centre historique de Perpignan. Le Couvent des Minimes constitue le site principal, aux côtés notamment de l’église des Dominicains, de l’Hôtel Pams, de la Casa Xanxo, de l’ancienne Université, de la chapelle du Tiers-Ordre et de la caserne Gallieni. Nouveauté cette année, la Loge de Mer accueille également une exposition.
Les expositions sont accessibles gratuitement tous les jours, de 10 heures à 20 heures.
Cette nouvelle édition propose une nouvelle fois un véritable tour du monde en images. Guerre en Ukraine, conflit entre Israël et Gaza, Iran et Liban, migrations, conséquences du dérèglement climatique, politique américaine ou encore grands événements sportifs figurent parmi les thèmes abordés. Le festival propose également des regards plus historiques, culturels ou environnementaux.
Parmi les sujets particulièrement marquants figure notamment un reportage consacré à l’Afghanistan et aux jeunes filles vendues par leurs familles pour survivre aux conséquences de la sécheresse. D’autres photographes racontent les mutations de nos sociétés, les crises environnementales ou encore les réalités vécues dans les zones de conflit.
Quand les réseaux sociaux deviennent une source d’information
Mais au-delà des photographies exposées, les discours prononcés lors de l’inauguration ont largement replacé le festival dans une problématique devenue incontournable : peut-on encore croire ce que l’on voit ?
La question prend une dimension particulière à l’heure où les réseaux sociaux sont devenus, pour une partie du public, une source d’information à part entière.
L’éditorial de Jean-François Leroy, directeur du festival, revient d’ailleurs sur une fausse photographie qui avait circulé en début d’année, représentant le président vénézuélien Nicolás Maduro menotté et entouré de militaires. Des médias pourtant reconnus avaient relayé cette image trompeuse.
Pour Visa pour l’Image, l’exemple illustre une évolution profonde : la photographie n’est plus automatiquement synonyme de preuve. Une image peut être sortie de son contexte, manipulée ou entièrement générée artificiellement.
Et l’arrivée massive de l’intelligence artificielle générative ne fait qu’accélérer cette remise en question.
L’IA, une menace mais aussi une opportunité ?
C’est l’un des paradoxes mis en avant cette année par le festival. L’intelligence artificielle peut permettre de fabriquer des images extrêmement réalistes, rendant parfois difficile la distinction entre photographie réelle et création artificielle.
Mais elle pourrait aussi renforcer la valeur du travail journalistique.
Les modèles d’intelligence artificielle ont besoin de données fiables, récentes et vérifiées pour fonctionner correctement. Dans cette perspective, le travail réalisé par les journalistes et les photojournalistes pourrait retrouver une importance particulière : produire, vérifier et documenter le réel.
Autrement dit, plus les images artificielles se multiplient, plus la capacité à garantir qu’une photographie montre réellement ce qu’elle prétend montrer devient essentielle.
Une réflexion qui dépasse largement le seul monde de la photographie. Elle concerne directement les médias, les réseaux sociaux et, finalement, chaque utilisateur qui consulte quotidiennement des images sur son téléphone.
Une première Convention du photojournalisme
Cette réflexion se poursuivra dès lundi 31 août avec un rendez-vous inédit : la première Convention du photojournalisme.
Organisée au Palais des Congrès de Perpignan, dans l’auditorium Charles Trenet, de 10 heures à 17 heures, cette journée sera consacrée à l’avenir du métier dans un contexte de mutations économiques, technologiques et démocratiques. L’entrée sera libre.
Quatre tables rondes doivent notamment permettre de discuter de la précarisation du métier, des conditions de travail, de la protection des photographes et des conséquences éthiques et financières de l’intelligence artificielle. Une session de synthèse doit également permettre de dégager des propositions concrètes pour l’avenir de la profession.
Le festival ne se contente donc pas de montrer le monde : il s’interroge aussi sur la manière dont nous allons continuer à le raconter.
Les grandes soirées du Campo Santo dès lundi
Autre rendez-vous incontournable de Visa pour l’Image : les projections en plein air au Campo Santo.
Du lundi 31 août au samedi 5 septembre, six soirées débuteront à 21h30. L’entrée est libre et les projections, d’une durée d’environ deux heures, reviendront en images sur les principaux événements de septembre 2025 à août 2026.
Les guerres, les crises politiques et humanitaires, le climat, les migrations, mais également le sport, la culture et les grands événements de l’année seront au programme. Plusieurs prix Visa pour l’Image seront également remis au cours de ces soirées.
Il est conseillé d’arriver suffisamment tôt et de prévoir un vêtement chaud. En cas de mauvais temps, aucun lieu de repli ni retransmission en direct n’est prévu.
Perpignan, capitale du photojournalisme
Avec ses expositions gratuites, ses projections, ses rencontres avec les photographes et sa semaine professionnelle, Visa pour l’Image transforme une nouvelle fois Perpignan en véritable capitale mondiale du photojournalisme.
Cette 38e édition a toutefois une tonalité particulière. Dans un monde saturé d’images, où une photographie peut faire le tour des réseaux sociaux en quelques minutes et où l’intelligence artificielle peut désormais en fabriquer de toutes pièces, le travail de ceux qui vont sur le terrain pour témoigner du réel prend peut-être une importance encore plus grande.
Pendant deux semaines, Visa pour l’Image invite ainsi le public à regarder les images… mais aussi à réfléchir à ce qu’elles nous disent, à leur origine et à la confiance que nous pouvons leur accorder.
Et c’est peut-être là l’un des grands enjeux de cette édition 2026.



