Béziers a vibré mardi soir autour d’une thématique d’exception : les premières rencontres scientifiques du projet Béziers Antique, une initiative ouverte à tous qui invite habitants, passionnés d’histoire et curieux à participer à la réflexion autour de la reconstitution de la Béziers romaine, une cité antique qui renaîtra littéralement de ses fondations dans les années à venir.

Plus qu’un simple projet patrimonial ou touristique, Béziers Antique se veut une aventure scientifique, culturelle et collective. Porté par l’agglomération Béziers Méditerranée et développé en collaboration avec la société Kléber Rossillon, ce chantier unique en France vise à reconstituer la ville romaine de Baeterrae, telle qu’elle existait il y a environ 2 000 ans, en s’appuyant sur les techniques et savoir-faire romains d’origine.

La soirée, qui s’est tenue mardi à 18h30, a offert au public une plongée riche et structurée dans l’histoire, l’archéologie et l’architecture de l’Antiquité biterroise. Elle a débuté par une conférence intitulée « La VIIe légion, d’Aquilée à Béziers, de César à Octave, aux origines de la Colonia Baeterrae Septimanorum », animée par un historien spécialiste de l’armée romaine. Ce premier temps fort a permis de retracer les origines de la colonie romaine de Béziers et d’éclairer le rôle qu’y joua la légion dans l’établissement de la cité.

La seconde partie de la soirée a pris la forme d’une table ronde, ouverte au public, consacrée aux aspects techniques du projet. Archéologues, historiens, urbanistes et spécialistes des techniques de construction antiques ont expliqué comment la ville sera reconstruite pierre par pierre, en respectant les méthodes utilisées au Ier et IIe siècle après J.-C. Éric Teyssier, professeur d’histoire romaine à l’université de Nîmes et président du comité scientifique, Brice Brigaud, président de l’association Fabri Tignuari, spécialisée dans les techniques de construction romaines et Anthony Pascual, architecte du projet étaient présents pour rappeler que cette démarche s’appuie sur les connaissances issues de fouilles archéologiques et de collaborations entre scientifiques, services patrimoniaux et opérateurs du chantier.

Ce dialogue entre experts et citoyens incarnait l’ambition profonde du projet : associer la population à une aventure scientifique et culturelle d’envergure, dans laquelle chacun est invité à comprendre non seulement « ce que » l’on reconstruit, mais aussi « comment » et « pourquoi ». L’événement était également pensé comme un moment de partage pédagogique, à même de susciter des vocations et d’éveiller l’intérêt pour les métiers liés à l’archéologie, à la restauration, et aux sciences historiques.

Ce soir-là, il a été rappelé que Béziers Antique n’est pas un simple parc d’attractions historique, mais bien un chantier vivant et scientifique. Le projet s’étendra sur plusieurs décennies (jusqu’en 2055!) et proposera au public de suivre l’évolution d’une cité antique en pleine reconstruction. Aux portes de Béziers, sur un site de 19 hectares, seront progressivement reconstitués des monuments emblématiques tels que l’amphithéâtre, le forum, des maisons urbaines, des ateliers artisanaux ou encore des lieux de vie quotidienne, avec des matériaux et des savoir-faire fidèles à ceux des bâtisseurs romains.

L’ouverture partielle au public est prévue dès 2028, avec des premiers tracés et structures visibles à mesure que les travaux progressent, offrant une expérience immersive dans une ville qui se construit sous les yeux des visiteurs, à l’instar d’autres chantiers vivants du patrimoine comme Guédelon en Bourgogne.

Pour les habitants de l’Agglo, cette réunion a été l’opportunité de comprendre l’ampleur du projet et d’échanger directement avec ceux qui conçoivent et piloteront cette reconstruction. Elle marque un premier jalon dans un chantier qui ne se contente pas de célébrer le passé, mais qui invite à le reconstruire, à le questionner et à le vivre. Pour les Biterrois comme pour les visiteurs, c’est une nouvelle manière d’appréhender l’Antiquité, alliant rigueur scientifique, médiation culturelle et participation citoyenne.