Sécheresses à répétition, besoins croissants, hydrologie en baisse : la phase 1 de l’étude Aqua Littoral, présentée à Narbonne le 13 février, confirme l’intérêt d’étendre le Réseau Hydraulique Régional pour sécuriser l’accès à l’eau sur le littoral occitan.
Réunis à Narbonne vendredi 13 février, Carole Delga, présidente de la Région Occitanie, et Pierre-André Durand, préfet de région, ont dévoilé les conclusions de la première phase de l’étude « Aqua Littoral ». Lancée en mars 2025 et co-pilotée par la Région et l’État, cette étude vise à répondre à une question devenue centrale : comment garantir durablement l’approvisionnement en eau du littoral d’Occitanie, particulièrement touché par les sécheresses ?
Une ressource sous pression
Les départements de l’Aude et des Pyrénées-Orientales figurent parmi les plus exposés aux épisodes de sécheresse. Selon les projections intégrées à l’étude, le changement climatique pourrait entraîner, à l’horizon 2070, une baisse de l’hydrologie naturelle comprise entre –25 % et –48 % en période estivale.
Dans le même temps, les besoins augmentent. Eau potable, irrigation agricole, développement économique : la demande progresse, y compris sous l’effet direct du réchauffement climatique. L’étude souligne ainsi le risque d’un déséquilibre croissant entre disponibilité de la ressource et usages, avec des impacts potentiels sur la qualité des milieux aquatiques et l’état des masses d’eau.
Dotée d’un budget total de 300 000 euros, la phase 1 a été financée à 60 % par l’État (via la Banque des Territoires et l’Agence de l’eau Rhône-Méditerranée-Corse), à 20 % par les Départements de l’Aude et des Pyrénées-Orientales, et à 20 % par la Région. Elle a permis d’analyser les besoins actuels et futurs, ainsi que les différentes options de sécurisation de l’approvisionnement.
Un « mix » de solutions
Le diagnostic rappelle que des solutions sont déjà en œuvre : économies d’eau, réduction des pertes sur les réseaux, optimisation des transferts, ouvrages de stockage, ou encore projets de réutilisation des eaux usées traitées. Mais ces efforts devront être intensifiés.
Parmi les pistes étudiées figure l’extension du Réseau Hydraulique Régional (RHR) Aquadomitia vers l’Aude et les Pyrénées-Orientales. Ce réseau permettrait d’acheminer un apport complémentaire d’eau en provenance du fleuve Rhône, constituant un outil de solidarité territoriale face aux tensions locales.
La phase 1 confirme « l’opportunité » de cette extension, sans pour autant en faire une solution unique. « Il s’agit bien de garantir un panel de solutions, de court, moyen et long termes, dont la combinaison sera indispensable », souligne la Région. L’apport d’eau rhodanienne viendrait compléter – et non remplacer – les projets locaux déjà engagés.
Gouvernance et sobriété au cœur du projet
Pour le préfet Pierre-André Durand, la réussite d’un tel projet suppose une gouvernance partagée. « Afin que l’extension de ce réseau soit un levier d’adaptation des territoires au changement climatique, une vision collective est indispensable. Les décisions d’affectation devront être prises dans un cadre concerté et transparent », a-t-il insisté, évoquant un « projet de territoire » impliquant élus et usagers.
Carole Delga rappelle de son côté que la Région a investi 311 millions d’euros depuis 2016 dans l’aménagement hydraulique, dont un tiers pour les usages agricoles. « Les sécheresses intenses et répétées nous obligent à agir avec méthode et anticipation. L’extension du RHR est une réelle opportunité, mais elle ne peut être la seule réponse. Nous devons économiser l’eau, mieux la partager et soutenir les projets locaux », affirme-t-elle.
Une deuxième phase lancée
Le lancement de la phase 2 de l’étude a été acté. Elle devra approfondir les analyses, préciser la faisabilité technique et financière de l’extension du RHR, puis en évaluer la viabilité économique.
À l’heure où le littoral occitan fait face à une pression hydrique croissante, les conclusions finales de l’étude seront scrutées de près par les collectivités, les agriculteurs et les acteurs économiques. Entre solidarité interbassins, sobriété des usages et adaptation des pratiques, la gestion de l’eau s’impose plus que jamais comme un enjeu stratégique pour l’avenir du territoire.




