La décision était attendue par le monde agricole et les chasseurs. Par un arrêté en date du 23 février 2026, la préfecture de l’Aude a finalement autorisé la régulation du sanglier et du chevreuil dans les zones boisées touchées par l’incendie de Ribaute, malgré l’interdiction générale d’accès toujours en vigueur dans le périmètre du feu.

Depuis plusieurs semaines, la question divisait. D’un côté, les secteurs sinistrés restent fragilisés, avec un risque important de chutes d’arbres et de branches, aggravé par les récentes intempéries. De l’autre, les agriculteurs redoutent une prolifération du grand gibier dans ces espaces devenus refuges naturels, et les dégâts potentiels sur les cultures à l’approche des prochaines récoltes.

Une dérogation strictement encadrée

Dans son communiqué, la préfecture précise que cette autorisation constitue une dérogation exceptionnelle, soumise à des règles de sécurité très strictes. Le risque reste en effet « plus que jamais prégnant » après les fortes précipitations et les vents violents de ces derniers jours.

Les responsables de battue devront ainsi prendre toutes les précautions nécessaires et rappeler les règles élémentaires de prudence à l’ensemble des participants. La présence des chasseurs dans les zones boisées non sécurisées devra être la plus courte possible, les opérations de briefing et de fin d’action devant se dérouler en dehors de ces secteurs.

Les postes de tir devront être positionnés à distance des arbres brûlés et, en cas de grand vent ou de fortes pluies, aucune action de chasse ne devra être menée sous les arbres fragilisés. Chaque détenteur du droit de chasse devra également transmettre un bilan précis à la Fédération des chasseurs de l’Aude et s’assurer d’être couvert par une assurance responsabilité civile adaptée.

La fédération sera chargée de veiller à la bonne application de ces règles au sein des ACCA.

Une demande du monde agricole et des chasseurs

Cette décision fait suite à une demande expresse de la Chambre d’agriculture adressée au préfet de l’Aude, qui alertait sur le risque de dégâts importants causés par les sangliers et chevreuils dans les parcelles voisines des zones incendiées. La Fédération des chasseurs avait également sollicité l’autorisation d’intervenir sur l’ensemble de la zone brûlée, y compris dans les parties boisées, avant la fin complète des opérations de sécurisation.

Les incendies ont en effet modifié l’équilibre écologique local : privés d’une partie de leur habitat, les animaux sauvages se concentrent sur certains secteurs, augmentant la pression sur les cultures et les jeunes plantations.

Sécurisation toujours en cours

La préfecture rappelle toutefois que les actions de régulation ne devront en aucun cas interférer avec les travaux de sécurisation en cours. L’exploitation progressive des bois brûlés se poursuit sous la responsabilité des propriétaires, de leurs gestionnaires forestiers ou du Département dans le cadre d’une Déclaration d’Intérêt Général d’Urgence (DIGU).

Dans les prochaines semaines, des militaires spécialisés de la sécurité civile viendront renforcer les équipes de l’Office national des forêts afin de sécuriser les sentiers de randonnée avant la saison touristique.

En autorisant cette régulation encadrée, l’État tente donc de trouver un équilibre entre impératif de sécurité publique, protection des activités agricoles et gestion durable de la faune sauvage dans des Corbières encore profondément marquées par le feu.