Au cœur du 62e Salon International de l’Agriculture, organisé à Paris, la Région Occitanie affirme une ambition claire : renforcer sa souveraineté alimentaire.
Présente depuis l’ouverture de l’événement, la présidente de Région Carole Delga a dévoilé les grandes orientations du futur Pacte régional pour la souveraineté alimentaire – « Produire pour nourrir sainement ». Un cap assumé : produire davantage, transformer sur place et mieux rémunérer celles et ceux qui nourrissent le territoire.
Une puissance agricole fragilisée
Première région agricole de France en nombre d’exploitations, l’Occitanie compte 65 000 fermes, 165 000 actifs et génère 17 milliards d’euros de chiffre d’affaires. Elle est aussi la première région bio du pays – une exploitation française sur quatre y est installée – et le premier vignoble d’Europe en volume. Plus de 260 produits bénéficient d’un signe officiel de qualité et plus de 16 000 références sont commercialisées sous la marque Occitanie – Sud de France.
Pourtant, derrière cette richesse, les fragilités sont réelles. Le revenu agricole moyen s’élève à 13 200 euros par an, soit deux fois moins que la moyenne nationale. Les exploitations, souvent familiales, sont plus petites que dans le reste du pays. La production céréalière a chuté de 17 % entre les périodes 2010-2020 et 2021-2025. Surtout, une part importante de la valeur ajoutée échappe au territoire : plus de 350 millions d’euros de céréales brutes et 300 millions d’euros de bovins sont exportés sans transformation locale.
À ces difficultés structurelles s’ajoutent les crises climatiques et sanitaires. Gel, sécheresses, inondations, tempêtes, épizooties… L’Occitanie a été particulièrement touchée ces dernières années, notamment par la dermatose nodulaire contagieuse en 2025-2026. Face à ces chocs répétés, la Région a mobilisé aides d’urgence, garanties d’emprunt et dispositifs de soutien à la trésorerie.
Un pacte construit avec les professionnels
C’est dans ce contexte que naît le Pacte régional pour la souveraineté alimentaire. Initiée lors du Salon 2025, la démarche s’est appuyée sur une large concertation : échanges avec les syndicats agricoles, appel à contributions ouvert aux professionnels et aux citoyens, élaboration collective des mesures. L’adoption est prévue en juin 2026.
Doté de 16 millions d’euros dès cette année, le pacte répond à deux défis majeurs : produire davantage et mieux transformer. Il s’articule autour de cinq axes structurants.
Le premier vise à renforcer la production et les revenus agricoles. Cela passe par la diversification des activités – notamment la polyculture-élevage –, la sécurisation de l’accès à l’eau, l’élargissement du Fonds Avance Cheptel et la signature de contrats d’objectifs avec les grandes filières. La Région souhaite également développer des productions aujourd’hui déficitaires, comme les œufs, la volaille, le porc ou le lait, afin de limiter les importations.
Le deuxième axe cible la transformation locale. L’objectif est clair : garder la valeur ajoutée en Occitanie. Soutien accru aux industries agroalimentaires engagées dans la structuration des filières, modernisation des abattoirs et outils de proximité, développement de la transformation à la ferme ou encore création d’unités adaptées à la restauration collective figurent parmi les mesures phares.
Troisième priorité : garantir des débouchés rémunérateurs. La centrale d’achat régionale Occit’Alim sera renforcée pour approvisionner la restauration collective en produits locaux. Des contrats avec la grande distribution seront encouragés pour rééquilibrer le partage de la valeur. La promotion des produits sous signes officiels de qualité se poursuivra, avec un budget annuel dédié.
L’eau et le foncier, leviers stratégiques
La souveraineté alimentaire passe aussi par la maîtrise des ressources. Depuis 2016, 450 millions d’euros ont été mobilisés pour l’eau, avec la création d’un service public régional et le développement du Réseau Hydraulique Régional. L’ambition est d’adapter durablement l’agriculture au changement climatique tout en conciliant sobriété et sécurisation des usages.
Autre outil innovant : la Foncière agricole d’Occitanie. Première du genre en France, elle permet à de jeunes agriculteurs de s’installer en achetant temporairement le foncier à leur place. En trois ans, 620 hectares ont ainsi été portés pour 26 exploitants. En 2026, la foncière change d’échelle, avec plus de 11 millions d’euros mobilisables et l’ouverture à un financement participatif citoyen.
Un engagement constant au Salon
Au Salon International de l’Agriculture, l’Occitanie déploie le plus vaste espace régional, avec plus de 130 exposants et 31 éleveurs. Bars à vins et à huîtres, dégustations, animations autour de l’eau et de l’agritourisme : la Région valorise la diversité et l’excellence de ses productions.
Mais au-delà de la vitrine, le message est politique. Pour Carole Delga, la souveraineté alimentaire ne peut rester un slogan. Elle appelle l’État et l’Europe à prendre leurs responsabilités, notamment dans le cadre de la future PAC, afin de garantir des revenus décents et de mieux protéger les producteurs face aux distorsions de concurrence.
« Produire, transformer et mieux rémunérer » : le triptyque résume l’ambition régionale. Dans un contexte de crises répétées et d’inquiétude du monde agricole, l’Occitanie entend tracer une voie fondée sur la concertation, l’investissement et la valorisation des territoires. Une agriculture qui produit, qui innove et qui permette de vivre dignement de son travail : c’est le cap fixé pour les années à venir.




