Dimanche 8 mars, une cérémonie a commémoré à Montredon-des-Corbières les 50 ans de la manifestation viticole du 4 mars 1976, qui s’était soldée par une fusillade tragique. Un épisode resté profondément ancré dans la mémoire du monde agricole et de tout le territoire.
Il y a cinquante ans, la petite commune de Montredon-des-Corbières devenait le théâtre d’un affrontement dramatique entre viticulteurs et forces de l’ordre. Le 4 mars 1976, dans un contexte de crise profonde de la viticulture languedocienne, une manifestation dégénérait en fusillade. Deux hommes y perdirent la vie : le viticulteur Emile Pouytès, 50 ans, vigneron à Arquette-en-Val et Joël Le Goff, 42 ans, CRS.
Dimanche, malgré la météo incertaine, près de 1000 personnes, élus, représentants du monde viticole, habitants et anciens manifestants, se sont réunit pour commémorer ce cinquantième anniversaire, afin d’honorer la mémoire des victimes et rappeler ce moment charnière de l’histoire agricole régionale.
Une crise viticole explosive
Au milieu des années 1970, la viticulture du Languedoc traverse une crise sévère. Les producteurs dénoncent notamment les importations de vins étrangers, jugées responsables de la chute des prix et d’une concurrence déloyale. Dans l’ensemble du vignoble languedocien, les tensions montent.
Le 4 mars 1976, plusieurs milliers de viticulteurs répondent à l’appel du Comité régional d’action viticole (CRAV) et convergent vers Montredon, près de Narbonne. Face à eux, un important dispositif de CRS est déployé pour empêcher le blocage de l’autoroute et des axes stratégiques.
La situation se tend rapidement. Des échanges de projectiles éclatent, suivis de tirs d’armes à feu. Dans la confusion, la fusillade fait deux morts et plusieurs blessés. L’événement choque profondément la région et marque durablement l’histoire des luttes viticoles.
Un symbole pour le monde agricole
Au fil des années, la fusillade de Montredon est devenue un symbole des combats menés par les viticulteurs du Sud pour défendre leur production et leurs revenus.
La mobilisation de 1976 a notamment contribué à mettre en lumière les difficultés structurelles de la viticulture languedocienne et à accélérer certaines évolutions du secteur, notamment la restructuration du vignoble et la montée en gamme de la production.
Aujourd’hui encore, dans l’Aude et plus largement en Occitanie, cet épisode reste fortement présent dans les mémoires collectives.
Une commémoration pour transmettre la mémoire
La cérémonie de ce dimanche à Montredon-des-Corbières se voulait à la fois un moment de recueillement et de transmission. Des dépôts de gerbes et prises de parole ont notamment rappeller le contexte historique et les conséquences de cette journée.
Pour les organisateurs, il s’agit aussi de rappeler aux nouvelles générations l’histoire sociale et agricole de la région, étroitement liée à la vigne depuis des décennies.
Cinquante ans après les faits, le souvenir de la manifestation de Montredon demeure ainsi un repère historique pour le monde viticole, symbole d’une époque où la défense du vignoble languedocien s’exprimait parfois dans la confrontation la plus dure.




