Les demandes ont été déposées, les parcelles identifiées, mais le feu vert officiel se fait attendre. Dans l’Aude, la filière viticole dénonce une situation devenue critique à l’approche des travaux de printemps.

Dans l’Aude, les viticulteurs sont prêts à passer à l’action. Pourtant, plusieurs semaines après l’ouverture du dispositif d’arrachage primé des vignes, rien ne bouge. Les exploitants attendent toujours la validation officielle permettant de lancer les travaux d’arrachage définitif, indemnisés à hauteur de 4 000 euros par hectare. Une attente qui crispe la profession, alors que la saison avance et que les contraintes sanitaires et économiques s’accumulent.

Le sujet est particulièrement sensible dans un département où la viticulture reste une activité majeure. Face à la baisse de la consommation et à des marchés en difficulté, de nombreux exploitants ont choisi de réduire leur surface de production pour retrouver un équilibre économique. Mais sur le terrain, les décisions prises restent suspendues à une autorisation administrative qui tarde à arriver.

Des exploitations bloquées dans l’attente

Le dispositif d’arrachage avait pourtant été annoncé comme une réponse concrète à la crise viticole. Après les mobilisations de la profession, une enveloppe nationale de 130 millions d’euros avait été confirmée pour financer de nouvelles opérations d’arrachage définitif. Dans l’Aude, 4 000 hectares ont été inscrits au total, dont 1 500 hectares concernés par l’arrachage définitif.

Selon Damien Honoré, président du Syndicat des vignerons de l’Aude, tout semblait prêt : les appels à manifestation d’intérêt ont été lancés, les inscriptions réalisées et les parcelles recensées. Mais la procédure reste bloquée dans l’attente d’un retour européen indispensable au démarrage officiel des travaux.

Cette situation plonge de nombreuses exploitations dans l’incertitude. Les viticulteurs concernés ne savent plus s’ils doivent entretenir les parcelles promises à l’arrachage, engager des frais supplémentaires ou patienter encore. Or, à cette période de l’année, les vignes redémarrent, les travaux reprennent et les premières maladies peuvent apparaître avec les pluies récentes.

Le problème est d’autant plus complexe que certaines parcelles destinées à disparaître se trouvent au milieu de vignes conservées. Non taillées ou non traitées dans l’attente de leur suppression, elles peuvent devenir des foyers sanitaires pour les exploitations voisines. Une contradiction difficilement tenable sur le terrain.

Tension économique et appel à une réponse rapide

Au-delà des aspects techniques, c’est aussi la trésorerie des domaines qui est en jeu. L’arrachage partiel devait permettre à certains exploitants de restructurer leur vignoble tout en obtenant un soutien financier pour préparer la nouvelle campagne. Dans un contexte marqué par la hausse des coûts des intrants, du carburant et des charges générales, ce levier est aujourd’hui attendu avec urgence.

Les jeunes agriculteurs figurent parmi les plus exposés. Souvent récemment installés, avec des marges financières plus réduites, ils comptaient sur cette aide pour adapter leur exploitation et sécuriser la suite de leur activité. Beaucoup se retrouvent désormais sans visibilité.

Pour la profession, la colère monte d’autant plus que la filière a accepté des sacrifices importants. Réduire volontairement la surface plantée revient à reconnaître un déséquilibre entre la production et le marché. Une décision lourde, prise dans l’espoir de retrouver des perspectives plus durables.

Le Syndicat des vignerons de l’Aude appelle donc à une réponse rapide des autorités françaises et européennes. Pour beaucoup de vignerons, il ne s’agit plus seulement d’une formalité administrative, mais d’un enjeu immédiat pour la survie de leur exploitation.