Le site emblématique de Montolieu fait partie des 18 lieux retenus en France pour la Mission Patrimoine 2026. Une reconnaissance nationale qui ouvre de nouvelles perspectives pour la sauvegarde et le développement de la Manufacture royale.

C’est une distinction majeure pour le patrimoine audois. La Manufacture royale de Montolieu a été choisie pour représenter l’Occitanie dans la sélection 2026 de la Mission Patrimoine portée par Stéphane Bern, en lien avec la Fondation du patrimoine et le ministère de la Culture. Le site figure parmi les 18 monuments emblématiques retenus cette année à l’échelle nationale.

Cette sélection permettra à la manufacture de bénéficier d’un soutien financier issu du Loto du patrimoine 2026. Le montant attribué sera annoncé lors des Journées européennes du patrimoine en septembre prochain. Pour le village du Livre et des Arts, cette annonce constitue déjà une formidable mise en lumière.

Située à une vingtaine de minutes de Carcassonne, la Manufacture royale est l’un des témoins les plus marquants de l’histoire industrielle du département. Elle symbolise à la fois la mémoire textile du Languedoc et la capacité d’un ancien site de production à se réinventer autour de la culture.

Un haut lieu de l’histoire textile audoise

L’usine de Montolieu devient manufacture royale en 1734. À son apogée, elle produit des draps de laine exportés jusqu’au Levant et en Chine, rivalisant alors avec la grande manufacture de Carcassonne et avec les productions anglaises. Au fil des siècles, le site traverse les époques et adapte ses activités.

Durant la période napoléonienne, il participe au tissage de lin et de coton pour les armées. Plus tard, lors de la Retirada, environ 400 réfugiés républicains espagnols y sont internés jusqu’en 1939. En 1940, la manufacture est relancée par un industriel belge avant de fermer définitivement en 1968.

Avec ses 6 300 m² de bâtiments répartis sur 1,5 hectare, l’ensemble représente aujourd’hui un patrimoine rare. Une partie des bâtiments historiques est inscrite aux monuments historiques depuis 2004.

Sauver un site en péril et renforcer son attractivité

Depuis plusieurs années, les propriétaires privés ont engagé une reconversion progressive du lieu. La maison de maître a été transformée en chambres d’hôtes, tandis que d’anciens ateliers accueillent désormais un centre d’art, des expositions, des ateliers d’artistes et une salle de spectacle animée par l’association LaManuf.

Mais plusieurs bâtiments restent fragilisés. Toitures effondrées, infiltrations d’eau, charpentes dégradées, murs menaçant de céder : l’état de certaines parties impose des travaux urgents. Parmi les priorités figurent la sécurisation du porche d’entrée, la restauration des anciens ateliers, du moulin à foulon ou encore de la roue à aube. Les travaux doivent s’échelonner entre 2027 et 2029.

Au-delà de la sauvegarde patrimoniale, l’enjeu est aussi économique et touristique. Le projet prévoit de développer davantage le centre culturel, d’augmenter les capacités d’hébergement pour artistes et visiteurs, et de créer à terme un espace dédié aux séminaires et conférences.

Dans un village déjà reconnu pour ses librairies, ses artisans et sa vie culturelle, cette sélection nationale vient renforcer l’attractivité de Montolieu. Pour l’Aude, c’est aussi un signal fort : le patrimoine industriel, longtemps discret, trouve pleinement sa place parmi les trésors à préserver.