En déplacement à Béziers ce jeudi 4 juin après-midi, le ministre de la Justice Gérald Darmanin a confirmé la création d’une Unité Hospitalière Spécialement Aménagée (UHSA) de 40 places accolée au centre pénitentiaire. Une annonce importante pour la prise en charge des détenus souffrant de troubles psychiatriques, même si la capacité annoncée suscite déjà des interrogations face à l’ampleur des besoins.
C’est au centre pénitentiaire de Béziers que Gérald Darmanin a choisi de faire une annonce attendue par les acteurs du monde carcéral et hospitalier. Lors de sa visite de l’établissement, le garde des Sceaux a officialisé, pour un montant de 32 millions d’euros partagés entre le Ministère de la Justice et le Ministère de la Santé, la création d’une Unité Hospitalière Spécialement Aménagée (UHSA), une structure spécialisée destinée à accueillir des personnes détenues nécessitant une hospitalisation psychiatrique complète.
Le projet prévoit la création de 40 places, faisant de Béziers l’un des futurs pôles de référence pour la prise en charge psychiatrique des détenus dans le sud de la France.
Après sa visite de la prison, où il a pu voir les quartiers d’isolement (QI), d’arrivée (QA) ou encore des Unités de vies familiales (UVF), le ministre s’est ensuite rendu à l’hôtel de ville où il a été reçu par le maire Robert Ménard.
Une réponse à un besoin grandissant
Cette annonce intervient dans un contexte où la question de la santé mentale en prison occupe une place de plus en plus importante dans le débat public.
Selon les études réalisées depuis plusieurs années, les troubles psychiatriques sont nettement plus fréquents chez les personnes incarcérées que dans le reste de la population. Dépressions sévères, troubles psychotiques, addictions, pathologies de la personnalité ou encore risques suicidaires représentent une part importante des situations rencontrées quotidiennement dans les établissements pénitentiaires.
Les UHSA ont justement été créées pour répondre à ces situations complexes. Ces unités permettent aux détenus de bénéficier d’une véritable hospitalisation psychiatrique tout en restant sous écrou. Les soins sont assurés par des équipes médicales spécialisées dans un environnement sécurisé adapté aux contraintes pénitentiaires.
Jusqu’à présent, les capacités d’accueil restent limitées en France et les transferts vers les structures existantes peuvent parfois s’avérer longs et compliqués.
Pourquoi Béziers ?
Le choix du centre pénitentiaire biterrois n’est pas anodin.
Ouvert en 2009, l’établissement du Gasquinoy accueille plus de détenus que sa capacité théorique ne le prévoit. Comme de nombreuses prisons françaises, il est confronté à la surpopulation carcérale et à une augmentation constante des situations liées aux troubles psychiques. Au mois de mai, le centre pénitentiaire accueillait par exemple 750 détenus dans les maisons d’arrêts (MA 1 et MA 2) pour 389 places réelles, soit 192,8% d’occupation !
Les syndicats pénitentiaires comme les professionnels de santé alertent depuis plusieurs années sur les difficultés rencontrées par les personnels face à certains détenus dont l’état psychiatrique nécessite des soins lourds que les structures pénitentiaires classiques ne peuvent assurer.
L’implantation d’une UHSA à Béziers permettra ainsi de renforcer l’offre de soins spécialisée pour l’ensemble du territoire régional et d’éviter certains transferts vers des établissements éloignés.
M. Darmanin a également annoncé l’arrivée de 17 agents supplémentaires à la prison de Béziers à partir de septembre prochain.
Quarante places : un progrès réel mais limité
L’annonce ministérielle a été globalement bien accueillie. La création de 40 places supplémentaires constitue incontestablement une avancée dans un secteur où les besoins sont importants.
Si la création d’une UHSA de 40 places constitue une avancée incontestable pour le territoire, elle ne réglera pas à elle seule la question de la santé mentale en détention.
Les rapports nationaux estiment que plusieurs milliers de détenus souffrent de troubles psychiatriques sévères nécessitant une prise en charge spécialisée, alors que les capacités d’accueil restent limitées à quelques centaines de lits à l’échelle du pays.
Dans ce contexte, les 40 places annoncées à Béziers apparaissent davantage comme un renforcement bienvenu de l’offre régionale que comme une réponse définitive à un problème structurel.
D’autant que la réussite du projet dépendra également du recrutement des équipes médicales. Psychiatres, infirmiers spécialisés, psychologues et personnels soignants constituent aujourd’hui des profils particulièrement recherchés dans l’ensemble du système hospitalier français.
David Parmentier, secrétaire du syndicat UNSA/UFAP de Béziers dit saluer « tout d’abord cette annonce, mais je la minise aussi. 40 places pour 7000 détenus en Occitanie […] on comprend qu’aujourd’hui ce n’est pas à la hauteur de ce qu’on pouvait espérer ».
Un investissement pour les années à venir
Au-delà du nombre de lits annoncés, cette future unité marque une nouvelle étape dans le développement du centre pénitentiaire de Béziers.
L’annonce de Gérald Darmanin traduit également une évolution du regard porté sur la santé mentale en détention. Longtemps reléguée au second plan, cette question est désormais considérée comme un enjeu majeur tant pour la prise en charge des détenus que pour la sécurité des établissements.
Si le calendrier précis de réalisation reste encore à détailler, la future UHSA devrait permettre à terme de mieux accompagner les détenus les plus fragiles tout en offrant des conditions de travail plus adaptées aux personnels pénitentiaires et soignants.
Une avancée saluée par de nombreux acteurs locaux, même si tous s’accordent sur un point : face à l’augmentation des troubles psychiatriques observée en prison, les besoins restent considérables et dépasseront largement les 40 places annoncées à Béziers.




