Des estampes d’Hokusai aux aventures de Luffy, en passant par Monet, Gauguin ou Naruto, Narbonne propose cet été une exposition aussi ambitieuse qu’inattendue. Du 3 juillet au 30 septembre, « Rêves de Japon » réunit plus de 200 œuvres pour raconter comment l’art japonais a profondément influencé la peinture occidentale avant de donner naissance au manga moderne. Une plongée dans près de deux siècles d’échanges artistiques entre l’Orient et l’Occident.

Le Japon fascine depuis longtemps l’Europe. Mais derrière les cerisiers en fleurs, les samouraïs et les mangas se cache une histoire artistique bien plus riche. C’est précisément cette histoire que raconte la nouvelle grande exposition estivale de la Ville de Narbonne.

Après le succès de « Regards Croisés », consacré aux surréalistes en 2025, la municipalité poursuit son ambition de proposer des expositions accessibles au grand public tout en conservant une véritable exigence scientifique. Cette fois, le fil conducteur est le japonisme, ce mouvement artistique qui bouleversa durablement la peinture européenne à partir de la seconde moitié du XIXᵉ siècle.

L’idée est simple : montrer que les œuvres de Claude Monet, Edgar Degas ou Paul Gauguin ne seraient probablement pas les mêmes sans l’influence des grands maîtres japonais, et que cette tradition graphique se prolonge aujourd’hui dans les mangas contemporains.

Plus de 200 œuvres réparties sur trois sites

Pour illustrer ce dialogue entre les cultures, l’exposition rassemble plus de 200 œuvres réparties entre la salle des Consuls, le Parcours d’Art du Palais-Musée des Archevêques et la chapelle des Pénitents-Bleus.

Le visiteur découvre une cinquantaine d’estampes originales réalisées par les grands noms de l’ukiyo-e, notamment Katsushika Hokusai, Utagawa Hiroshige, Utamaro ou encore Gakutei. Elles côtoient plus de cinquante objets japonais datant des XVIIIᵉ, XIXᵉ et XXᵉ siècles : céramiques, laques, bronzes, accessoires de voyage, outils de graveurs ou objets du quotidien.

L’exposition présente également cinq armures de samouraïs ainsi qu’une dizaine d’œuvres européennes signées Monet, Degas, Toulouse-Lautrec ou Gauguin.

Enfin, la dernière partie du parcours fera sans doute le bonheur des plus jeunes avec une cinquantaine de dessins et de celluloïds originaux issus de productions emblématiques comme Astro Boy, Dragon Ball, Naruto ou One Piece.

L’exposition replace cette évolution dans son contexte historique.

Longtemps fermé au monde, le Japon s’ouvre progressivement au commerce international à partir de 1854. Les estampes japonaises arrivent alors massivement en Europe grâce aux collectionneurs, aux marchands d’art et surtout aux Expositions universelles organisées à Paris.

Le choc est immense.

Les artistes découvrent une manière totalement différente de représenter le monde : des cadrages audacieux, des perspectives inattendues, des aplats de couleurs et une attention particulière portée aux instants du quotidien.

Ces innovations séduisent rapidement les peintres impressionnistes puis postimpressionnistes. Claude Monet collectionne les estampes japonaises, Vincent van Gogh en copie certaines, Edgar Degas s’en inspire pour ses compositions tandis que Paul Gauguin reprend plusieurs codes esthétiques développés par Hokusai.

Le trésor caché du Palais-Musée

L’une des grandes curiosités de cette édition est la présentation exceptionnelle d’une œuvre attribuée à Paul Gauguin, habituellement conservée dans les réserves du Palais-Musée des Archevêques.

Intitulée Passage de la barre par une double pirogue, cette peinture réalisée entre 1891 et 1902 représente des navigateurs affrontant une mer agitée. Les commissaires de l’exposition mettent en évidence les nombreux points communs entre cette composition et certaines célèbres estampes marines de Hokusai, notamment dans la représentation spectaculaire des vagues.

Une manière de montrer que les influences artistiques traversent les continents autant que les siècles.

Le manga, héritier d’une longue tradition

L’exposition réserve également quelques surprises aux amateurs de culture populaire.

Car le manga n’est pas né de rien. Le mot lui-même apparaît au début du XIXᵉ siècle sous le pinceau… d’Hokusai.

Ses recueils de croquis, baptisés Hokusai Manga, constituent déjà une forme de narration graphique qui influencera plusieurs générations d’artistes japonais.

Après la Seconde Guerre mondiale, Osamu Tezuka modernise cette tradition en y intégrant les codes du cinéma et de la bande dessinée occidentale. Il pose ainsi les bases du manga contemporain, dont hériteront ensuite Akira Toriyama avec Dragon Ball ou Eiichiro Oda avec One Piece.

L’exposition montre ainsi que les héros d’aujourd’hui trouvent leurs racines dans une histoire artistique vieille de près de deux siècles.

Ouverte jusqu’au 30 septembre, « Rêves de Japon » est accessible tous les jours.

La salle des Consuls et la chapelle des Pénitents-Bleus sont en accès libre, tandis que le Parcours d’Art est inclus dans les différents pass musées de la Ville. Des visites guidées gratuites sont proposées chaque mardi et vendredi à 15 heures jusqu’au 18 septembre.

En mêlant chefs-d’œuvre de l’estampe, peinture impressionniste et culture manga, Narbonne signe sans doute l’une des expositions les plus originales de son été culturel. Une proposition qui devrait séduire aussi bien les amateurs d’histoire de l’art que les passionnés de culture japonaise, tout en offrant une lecture nouvelle des liens qui unissent deux civilisations que tout semblait, au premier regard, opposer.