Ce samedi 8 août, Argeliers a renoué avec son histoire viticole à l’occasion de Festi20. La matinée a notamment été marquée par le marché paysan, les animations autour du terroir et une vente aux enchères qui a rencontré un beau succès auprès du public. Un rendez-vous également placé sous le signe de la mémoire, avec la présence d’un acteur incarnant Marcelin Albert, figure emblématique de la révolte des vignerons de 1907.
Dès la matinée, les rues et les espaces du centre d’Argeliers ont pris des airs de fête. Pour cette première édition de Festi20, le village a mis à l’honneur son terroir, ses traditions viticoles et son histoire. L’événement, qui prend désormais la suite de la fête de L’Enquant, proposait notamment un marché paysan, une foire aux enchères et différentes animations.
Un marché placé sous le signe du terroir
Le marché a permis aux visiteurs de découvrir producteurs et produits locaux dans une ambiance particulièrement conviviale. Une manière de rappeler le lien très fort qui unit encore aujourd’hui Argeliers à son identité viticole et agricole.
La matinée a également été rythmée par la vente aux enchères, l’un des rendez-vous particulièrement attendus de cette édition. Les nombreux participants ont répondu présent et les enchères se sont déroulées dans une ambiance animée, avec au final un beau succès pour cette initiative.
Marcelin Albert, d’Argeliers à la révolte de 1907
Impossible toutefois de parler d’Argeliers et de viticulture sans revenir sur 1907. C’est ici, dans le village, que le mouvement de révolte des vignerons du Midi prend naissance au printemps de cette année-là, sous l’impulsion notamment de Marcelin Albert.
Viticulteur et cafetier, Marcelin Albert devient rapidement l’une des figures du mouvement. Le comité de défense viticole d’Argeliers organise notamment une première marche vers Narbonne, réunissant 87 vignerons. Le mouvement va ensuite prendre une ampleur considérable dans tout le Languedoc, avec des rassemblements réunissant plusieurs dizaines de milliers de personnes.
Plus d’un siècle plus tard, cette histoire était directement incarnée à Festi20 par un acteur interprétant Marcelin Albert. Une manière de donner un visage à cette figure historique et de rappeler le rôle central joué par Argeliers dans la révolte viticole.
« Pire qu’en 1907 » selon le maire
Cette référence à 1907 n’était d’ailleurs pas seulement historique. Au cours de la matinée, le maire d’Argeliers, Gérard Leteissier, a établi un parallèle avec la situation actuelle de la viticulture, estimant que la situation serait aujourd’hui encore plus difficile qu’elle ne l’était en 1907.
Le rapprochement intervient alors que la filière traverse une crise profonde, liée à plusieurs facteurs : baisse de la consommation, difficultés commerciales, évolution des habitudes, hausse des charges, aléas climatiques, sécheresse et concurrence internationale. Un rapport du Sénat consacré à l’avenir de la viticulture parle ainsi d’une véritable « polycrise » et estime que le vignoble français pourrait passer sous les 700 000 hectares en 2026 ou 2027.
Cette colère s’était notamment exprimée à Béziers le 15 novembre 2025. Entre 4 000 personnes selon la préfecture et plus de 7 000 selon les organisateurs avaient défilé dans les rues de la ville pour alerter sur la situation de la viticulture du Sud. Les manifestants dénonçaient notamment la baisse des revenus, les difficultés de commercialisation, les effets du changement climatique et l’accumulation des contraintes économiques et réglementaires.
À Argeliers, le parallèle entre les deux époques prend donc une résonance particulière. En 1907 comme aujourd’hui, la question reste celle de l’avenir de la viticulture et de ceux qui en vivent.
Avec Festi20, le village a ainsi proposé une matinée où la fête et le terroir ont rencontré la mémoire. Un hommage vivant à l’histoire d’Argeliers, mais aussi une façon de rappeler que, 119 ans après Marcelin Albert, les difficultés de la vigne continuent de faire entendre leur voix.



