Devant le Palais des Archevêques, élus, représentants du monde viticole et habitants se sont réunis ce vendredi 19 juin pour commémorer la révolte des vignerons de 1907. Un mouvement né dans le Languedoc qui demeure, plus d’un siècle après, un symbole de résistance, de solidarité et d’attachement à la terre.

À Narbonne, la mémoire de 1907 reste profondément ancrée dans l’identité locale. Chaque année, la ville rappelle l’importance de cet épisode historique qui a bouleversé le Midi viticole et marqué durablement les relations entre le monde agricole et l’État.

Ce vendredi matin, devant le Palais des Archevêques, plusieurs dizaines de personnes se sont ainsi réunies pour rendre hommage aux hommes et aux femmes qui ont porté la grande révolte des vignerons il y a 119 ans.

Autour des élus, des représentants du syndicalisme viticole, des Consuls de Septimanie et de nombreux habitants, la cérémonie a été marquée par un dépôt de gerbes effectué par le maire de Narbonne, le maire d’Ouveillan ainsi qu’un représentant du Syndicat des vignerons.

Un moment de recueillement destiné à rappeler l’importance d’un mouvement qui a profondément marqué l’histoire du Languedoc.

Une crise sans précédent

Pour comprendre l’ampleur de la révolte de 1907, il faut remonter au début du XXe siècle.

Après la crise du phylloxéra qui avait ravagé les vignobles français quelques décennies plus tôt, la production viticole connaît une forte reprise. Mais rapidement, la surproduction, les importations massives et surtout les fraudes se multiplient.

De nombreux vins artificiels sont fabriqués à partir de sucre et d’eau, puis vendus comme de véritables vins. Les cours s’effondrent et des milliers de familles de vignerons se retrouvent dans une situation économique dramatique.

Dans l’Aude, l’Hérault, les Pyrénées-Orientales et le Gard, la colère monte.

Le mouvement prend rapidement une ampleur exceptionnelle.

Sous l’impulsion notamment de Marcelin Albert, cafetier argelier devenu figure emblématique de la contestation, les rassemblements attirent des foules de plus en plus nombreuses.

Au printemps 1907, les manifestations réunissent plusieurs centaines de milliers de personnes à travers le Languedoc.

Narbonne devient alors l’un des épicentres de la mobilisation.

La ville est le théâtre d’événements particulièrement marquants lorsque les tensions s’exacerbent entre manifestants et forces de l’ordre. Ernest Ferroul, maire de Narbonne et figure majeure du mouvement viticole est arrêté le 19 juin par les autorités. Puis des affrontements éclatent et plusieurs personnes perdent la vie.

Face à l’ampleur de la contestation, le gouvernement de George Clémenceau finit par réagir en adoptant plusieurs mesures destinées à lutter contre la fraude et à mieux encadrer la production viticole.

Un héritage toujours vivant

Plus d’un siècle après les événements, la révolte de 1907 conserve une place particulière dans la mémoire collective du territoire.

Elle symbolise à la fois la défense du travail des vignerons, la lutte contre les injustices économiques et l’attachement profond du Languedoc à sa culture viticole.

Dans une région où la vigne continue de façonner les paysages, l’économie et l’identité locale, cet héritage demeure particulièrement fort.

La cérémonie organisée à Narbonne s’inscrit ainsi dans cette volonté de transmission auprès des nouvelles générations.

« Commémorer 1907 aujourd’hui à Narbonne, ce n’est pas seulement regarder le passé : c’est honorer le sacrifice des femmes et des hommes qui demandaient seulement le droit de vivre de leur travail », a ainsi déclaré Coralie Malric, Conseillère municipale déléguée à la promotion des animations occitanes.

Un hommage suivi d’un moment de convivialité

À l’issue des prises de parole et du dépôt de gerbes, les participants se sont retrouvés autour d’un verre de l’amitié offert par les vignerons présents.

Les vins de la cave Néotera d’Ouveillan ont accompagné ce moment d’échange et de convivialité, dans l’esprit même des valeurs défendues par les acteurs de la révolte de 1907 : solidarité, partage et attachement au territoire. Un « Se Canta » a été entonné par les participants dans la cour d’honneur de l’Hôtel de Ville pour clôturer cet évènement.

Une manière symbolique de conclure cette commémoration en célébrant non seulement la mémoire des anciens vignerons, mais aussi la vitalité actuelle d’une filière qui continue d’écrire l’histoire du Narbonnais et du Languedoc.